10 juin 2010

morgen, histoire d'Else, par Thierry Follain

Jeune Allemande comblée par la vie, Else voit son existence tumultueuse brisée à 26 ans. Enlevée dans les ultimes années de la Rote Armee Fraktion, elle subit quatre mois de réclusion humiliante, avilissante. Libérée contre rançon, à ses yeux totalement dévalorisée, la jeune femme fait la rencontre improbable d'un homme plus âgé, qui lui redonne vie par sa tendresse, sa considération. Confrontée à nouveau à une mort sanglante, Else reconstruit sa vie en une contrée lointaine, forte d'elle-même, de son fils, de l'amour, de toutes les formes d'amour qu'elle porte en elle et suscite. Par touches, par scènes impressionnistes, sensitives, "morgen" narre son histoire...

... La salle de bains, vaste, impeccablement rangée.
Parfums d'eau, de sels de bains.

Longue baignoire, une douche, cabine vitrée.

Des serviettes blanches, épaisses.

Douces sur la peau de la fille à la tronche ravagée, aux cheveux trop longs, dégueulasses, qui s’observe, consternée, dans la longue glace.


Adieu à ces vêtements visqueux, crasseux.

L’eau chaude. Si chaude.
Déferle. Me submerge.
Oh, l’eau chaude brasse mon ventre, le masse et l’apaise.

Je peux enfin respirer.

Ouvrir les yeux rien qu’un instant, fixer le vitrage poli, dépoli, que sais-je.

Les fermer. Inspirer. Les rouvrir. Souffler.

J’espère que vous avez l’eau chaude à volonté. Parce que je ne vais pas la couper de sitôt.

Capricieuse, on vous dit.

Capricieuse, ils disaient.

Et hop, privée d’habits. Exposées à leurs regards. Même pas à leur désir. A leur mépris.


On t’aura quand on veut, si on veut.

Et hop, la ceinture s’abat,

mains croisées sur la nuque, je dois rester immobile, retenir mes cris.
Frémir sous chaque impact, me vider de tout respect pour moi-même. Non loin de moi, la fille se tait, les yeux baissés, ne veut pas me regarder.

Pas besoin de me sauter pour me baiser.

Totalement soumise, je suis niée.

Stop !

Stop.

C’est du
passé.
Dépassé.


Je déclare les joutes nautiques ouvertes.

Et coulent les flots, et roulent mes doigts dans ma chevelure mousseuse.

Ruissellent mes larmes mêlées à l’eau...
Et se vide mon corps de ce ruisseau écarlate... nul enfant ne viendra maintenant, Dieu soit loué....


Sous les vagues vagues chaudes,
je dis " vagues ",

je divague.


Je revis, je peux enfin
pleurer.
Muette proclamation de ma liberté retrouvée,

celle de rire, de souffrir

et de jouir sans que nul

ne puisse

s’y opposer.


Else Tintenfeder renaît dans un flot d’eau,
de sang et de larmes.
Qu’il purifie son âme.
Amen.

Ils disaient toujours :


" morgen "
Demain.

Demain, la rançon arrivera, nous n'augmenterons plus nos exigences à chaque contact.
Nous estimerons que les média ont assez parlé de toi, de ce non-toi, de ta " disparition ".
Qu’ils se sont suffisamment gavés de tes Polaroïds pitoyables,

le Bild du jour entre les mains,

cheveux en bataille,

regard inexpressif,

terne, faussement indifférent,

celui des filles
quand elles posent, obligées,

quand elles ne peuvent exister
que comme

on le leur a ordonné.


morgen.


Avant, une promesse.
Qu’ils m’ont confisquée

pour y substituer le vide,

la peur.


Au fond de moi,

je suis forte.

Je leur survivrai,
mais ...

morgen.

(...)

10 mai 2010

Hauts en couleur investit le royaume des graphes, le dépôt de bus RATP, rue des Pyrénées, à Paris

Street Art, par le Collectif  Hauts en couleur, Dépôt de bus RATP, Rue des Pyrénées, Paris, week-end des 24 et 25 avril 2010 - Photos Thierry Follain, Blog with a View : blog-with-a-view.blogspot.com -1Les 24 et 25 avril 2O1O, le collectif de street-art "Hauts en couleur" a investi une large portion du mur du dépôt de bus RATP, rue des Pyrénées à Paris, dédié aux grapheurs de tout acabit jusqu'à sa démolition.
Street Art, par le Collectif  Hauts en couleur, Dépôt de bus RATP, Rue des Pyrénées, Paris, week-end des 24 et 25 avril 2010 - Photos Thierry Follain, Blog with a View : blog-with-a-view.blogspot.com -2
Une oeuvre figurative et symbolique lumineuse, qui associe hip-hop, ghetto blasters et toits de Paris.
Street Art, par le Collectif  Hauts en couleur, Dépôt de bus RATP, Rue des Pyrénées, Paris, week-end des 24 et 25 avril 2010 - Photos Thierry Follain, Blog with a View : blog-with-a-view.blogspot.com -3
Qui associait, plutôt, cette réalisation, éphémère par nature, étant maintenant recouverte par d'autres interventions.
Street Art, par le Collectif  Hauts en couleur, Dépôt de bus RATP, Rue des Pyrénées, Paris, week-end des 24 et 25 avril 2010 - Photos Thierry Follain, Blog with a View : blog-with-a-view.blogspot.com -4
Restent ces photos. Just enjoy !
Street Art, par le Collectif  Hauts en couleur, Dépôt de bus RATP, Rue des Pyrénées, Paris, week-end des 24 et 25 avril 2010 - Photos Thierry Follain, Blog with a View : blog-with-a-view.blogspot.com -5
Street Art, par le Collectif  Hauts en couleur, Dépôt de bus RATP, Rue des Pyrénées, Paris, week-end des 24 et 25 avril 2010 - Photos Thierry Follain, Blog with a View : blog-with-a-view.blogspot.com -6
Street Art, par le Collectif  Hauts en couleur, Dépôt de bus RATP, Rue des Pyrénées, Paris, week-end des 24 et 25 avril 2010 - Photos Thierry Follain, Blog with a View : blog-with-a-view.blogspot.com -7
Street Art, par le Collectif  Hauts en couleur, Dépôt de bus RATP, Rue des Pyrénées, Paris, week-end des 24 et 25 avril 2010 - Photos Thierry Follain, Blog with a View : blog-with-a-view.blogspot.com -8
Street Art, par le Collectif  Hauts en couleur, Dépôt de bus RATP, Rue des Pyrénées, Paris, week-end des 24 et 25 avril 2010 - Photos Thierry Follain, Blog with a View : blog-with-a-view.blogspot.com -9
Street Art, par le Collectif  Hauts en couleur, Dépôt de bus RATP, Rue des Pyrénées, Paris, week-end des 24 et 25 avril 2010 - Photos Thierry Follain, Blog with a View : blog-with-a-view.blogspot.com -10
Street Art, par le Collectif  Hauts en couleur, Dépôt de bus RATP, Rue des Pyrénées, Paris, week-end des 24 et 25 avril 2010 - Photos Thierry Follain, Blog with a View : blog-with-a-view.blogspot.com -11
Photos : Thierry Follain

3 février 2010

Laetitia Casta nue, la Bardot de Gainsbourg Vie Héroïque, révélée par Véronique Vial

Laetitia Casta photographiée par Véronique Vial - Laetitia Casta, Brigitte Bardot dans Gainsbourg Vie héroïque, le film de Joann Sfar - Laetitia Casta nude - Letitia Casta - Latitia Casta - Laeticia Casta, new Bardot - Laetitia Casta, top model - Laetitia Casta, french top models - Casta, french sexy woman - Casta, french sexy model, Laetitia Casta, french actress, Laetitia Casta, french movie - Laetitia Casta, corse - Casta, actrice corse - Casta, la beauté corse - Laetitia Casta, Bardot nue - Laetitia Casta nude - Laetitia Casta, Bardot nue, Laetitia Casta naked - BB Casta - B.B Casta - Bardot Casta - Laetitia Casta, nackt - Laetitia Casta sexy - French star Laetitia Casta - French model, Laetitia Casta - Casta, Marcin Tyszka - Casta, Harper's Bazaar - Casta, Ralph Lauren - Casta, Bryan Adams - Casta, Super model - Casta, fashion model - laetitiacasta - laetitiacastanue - laetititacastanude - laetititiacastasexy - laetitiacastaapoil- letitiacasat sex - Letitia Casta, nu - Latitia Casta, nue - Laetitia Casta, Astérix et Obélix contre César - Véronique Vial, photos - Véronique Vial, photographies, Femmes au saut du lit - Blog with a View, le blog photo et musique - blog-with-a-view.blogspot.comModèle pulpeux à rebours des tendances de la mode actuelle, Laetitia Casta a été choisie par Joann Sfar pour jouer le rôle de Bardot, dans son film "Gainsbourg, Vie Héroïque". Bien plus tôt, Véronique Vial avait à la lettre révélé Laetitia en deux clichés.Laetitia Casta photographiée par Véronique Vial - Laetitia Casta, Brigitte Bardot dans Gainsbourg Vie héroïque, film de Joann Sfar - BB Casta - B.B Casta - Laetitia Casta, Bardot nue, Laetitia Casta naked - Laetitia Casta, nackt - Laetitia Casta sexy - Letitia Casta - Latitia Casta - letitiacasta - latitiacasta è Laetitia Castta - French star Laetitia Casta - Laetitia Casta, strip-tease - French model, Laetitia Casta - Cata model, Casta, fashion model - laetitiacasta - laetitiacastanue - laetititacastanude - laetitiacastafrenchmodel - laetitiacastasex - laetitia casta, sexe - laetititiacastasexy - laetitiacastaapoil- Laetitia Casta, Asterix et Obelix contre Cesar - latitia Casat, César - Véronique Vial, photos - Véronique Vial, photographies, Femmes au saut du lit - Blog with a View, le blog photo et musique - blog-with-a-view.blogspot.com Tout d'abord immergée dans l'eau du bain, Casta émerge sous un éclairage minimaliste. Comme une photo argentique née, fixée dans un bain basique, acide, puis apparue à la lumière.

Une métaphore de la beauté, de la photo révélées.

30 décembre 2009

Linda Evangelista, saga sensible en noir et blanc avec Peter Lindbgergh

Linda Evangelista by Peter Lindbergh, 1993 - Linda Evangelista, Lindbergh - Blog with a View - blog-with-a-view.blogspot.com - Thierry Follain, concepteur rédacteur : 06 87 29 38 73 : web rédacteur, Sciences ComIl a existé un moment de grâce
entre Linda Evangelista et Peter Lindbergh,

dans les années 90.

Par la grâce du noir et blanc
et d'un relatif naturel,

le "fashion", un instant,
a fait sens.



22 décembre 2009

Brittany Murphy au bout de ses 8 miles

Brittany Murphy is dead - 8 Miles - Britany Murphy - Eminem - Blog with a View - Blog avec vue - Thierry Follain, concepteur rédacteur, web rédacteurJe l'avais trouvée touchante dans "8 miles" .
Elle donnait une vibration particulière à son personnage
de néo-tassepé blonde, prompte à s'envoyer en l'air
dans des lieux plus ou moins adaptés
(pas les pires, d'ailleurs...).

Young Star Brittany Murphy is dead at 32 - 8 Miles - EminemRendre sensible ce personnage un brin cliché
révélait un réel talent.

Britanny Murphy est morte à 32 ans.

C'est triste.


10 novembre 2009

Vania Zouravliov tanne le cuir de Bocage

Vania Zouravliov - Bocage - Blog with a viewBelle campagne esthético-sado-maso-ethnique
pour les chaussures Bocage.


Vania Zouravliov - Bocage 2Illustrations de Vania Zouravliov.

1 novembre 2009

Dominique, par Thierry Follain


Un dimanche d’automne à Evreux,

enfin, près d’Evreux,

dans un pas si grand ensemble d'immeubles modestes et convenables,

un peu loin de tout,

les quelques boutiques fermées,

le mail désert,
les parcelles plantées

lavées, délavées

par la pluie,

Eve par Juillard - Dominique, par Thierry Follain - Blog with a  Viewla pluie sur tes carreaux,
la pluie sur les bois proches,

la pluie sur ce désert,

la pluie au dehors

et en toi,


un dimanche à Evreux,

rien de spécial à faire,
limer tes ongles,

rincer ce pull mousseux,

ranger la cuisine,

lire la pile de magazines,

ce bouquin d'Anne Gavalda,
par terre,

te demander si c’est cela,
vivre à vingt-six ans,

seule
dans un F2,
près d’Evreux,

loin de chez toi,

loin de tout,
un dimanche d’automne pluvieux

dans la pluvieuse Normandie,


peut-être, tout à l’heure,

dans ta Twingo réticente au démarrage,
un tour en ville,
enfin, dans le centre-ville

désert d’Evreux,

un cinéma,
un film d’ailleurs,

puis un sage chocolat dans un café bondé,

les yeux des garçons souvent fixés sur toi,

leurs regards qui se détournent lorsque tu les considères
sans invite,

car tu ignores ce qu'il y a de soi,

ce qu'il y a de soie en toi,

puis, demain le boulot terne,
tes " collègues " plus âgés
dans leurs années ou dans leur tête,


un dimanche pluvieux

loin de chez toi,

dans la pluvieuse Normandie.


Bientôt, sortir le labrador

qui s’ennuie,

le balader dans les bois mouillés,

taillis sans gloire dépouillés par l'automne glaçant,

tremper tes chaussures citadines,
puis rentrer,


allongée sur ton lit,
tu écrases ta cigarette,
ouvre ton peignoir,
te caresses, les yeux ouverts, les yeux fermés,
en songeant à une étreinte sauvage,

avec un garçon qui n’a pas vraiment de visage,

et pas de nom,

tu jouis un peu, malgré toi,

souvenir d'extases passées sous le soleil de Mykonos,
puis tu te retournes,

sur ce ventre qui vibre encore, rayonne en toi,

déjà insatisfait,

en quête de plus de jouissance,

de plus de raideur,

de plus de chaleur,

tu enfouis ton visage dans l’oreiller,
tu soupires,

et tu pleures,


et la pluie tombe,
frappe et sillonne les carreaux,

grave le message des nuages pesants, incessants,

sur ta chambre,
près d’Evreux,

puis se mue en un crachin infini,

incessant et ténu comme l’ordinaire

ennui,


tu t’assoupis, tu t’endors,
dans les senteurs de ton corps, de l’oreiller, de tes cheveux,

tu occultes le bruit, la télé des voisins,
rituelle célébration d’un dimanche de novembre

dans la pluvieuse

Normandie.

Tu te réveilles vers cinq heures,
il fait quasiment nuit,

Ami tourne en rond et gémit,

pose sa tête, regard suppliant,

sur le bord du lit,

lui au moins sait ce qu'il veut,

tu le caresses et souris,


un peu nauséeuse,

tu t’habilles,

une chemise, un jean,

des chaussettes et

ces chaussures si peu faites pour la pluie,

un gilet noir dans lequel tu t’enfouis jusqu’au menton,

un bonnet,

tu mets ton imper,

sors avec le chien réjoui,

jappant, griffes crissantes,

haletant,


trois étages par l’escalier blême,
le hall humide,
le chemin cimenté,

la route qui tourne à traverser,


le tissu rêche frotte ton sexe, le maintient en éveil,

sensation pas désagréable,

perception chaude, voluptueuse,

humaine,

alors que tu marches sous la pluie fine,


le bois humide, odeurs mêlées de feuilles,

de tristesse et de

décomposition,

silex cachés qui heurtent, tordent les pieds,
il aime bien cela, le chien,

qui court, furète,

vire et virevolte,

un instant, tu envies sa joie primale,

animale,


une cigarette amère à la main,
tu le suis,

il y voit sans doute plus clair que toi,

pour récupérer les bâtons que tu lances,

alors que pèse le ciel de pluie,

d'une fin hâtive d'après-midi,

le ciel de Normandie.

Tu songes à des vacances,
à une autre vie,

un autre pays,

tu songes à des étreintes,

à des tendresses

effacées,

écoulées,


envie de dormir,
et tu n’as rien fait de la journée,

envie de rentrer,

d’appeler Monica,

entendre sa voix chaude,
suivre distraitement ses histoires de coeur compliquées,

être écoutée,

consolée,

tu siffles le chien,

enfin, tu essaies,

et tu rentres avec lui,

alors que le brouillard naissant
dépose un halo orangé sur les rares lampadaires.


Dans le hall, tu ôtes ton bonnet humide,

lâches tes cheveux d’un mouvement gracieux,

ouvre ton manteau,
salues une famille de retour du

cinéma,

l’adolescente te sourit,

le père te suit des yeux, avidement,

sa femme blêmit…
pourrais-tu les envier,

vraiment ?


Dans l’ascenseur, le miroir te renvoie l’image

d’une jeune femme de vingt-six ans,

ni grande ni petite,

ni fille, ni femme,

fine, poitrine haut plantée,

cheveux blonds cendrés, rebelles,

peau unie,

bouche pleine,
regard clair, un peu égaré,
séduisante,

sans doute,

si elle se valait,

si elle se voulait,


tu te regardes, tu te grimaces,
tu te souris.


Tu rentres chez toi,

échos des voisins épanouis,

rares passages de voitures dans la nuit brumeuse,

la nuit sans trêve

règne

déjà, il faut allumer,


puis ranger, encore,

laver tes longs cheveux,


- qu’est-ce qu’il y a ce soir, à la télé ? -

non, d’abord téléphoner,

pour oublier la monotonie

de ce jour pluvieux,

dans la pluvieuse Normandie,


un dimanche de ta jeunesse,

un jour décompté de ta vie,

une vie à changer,


un dimanche

près d’Evreux,

en Normandie.



Thierry Follain

25 octobre 2009

Marquis de Sade : Vidéo Rue de Siam sur 3 notes

Marquis de Sade : Rue de Siam, Justine de Sade, Les 120 Jours de Sodome - Marquis de Sade, vidéo de Thierry Follain - Blog with a View


Marquis de Sade : Rue de Siam, vidéo de Thierry Follain 3
Sur 3 notes visuelles,
trois reflets de fillette et de femmes,
film onirique, rythmique,
sur l'implacable et sublime
"Rue de Siam"
de Marquis de Sade,
sous ma signature
Downbythewater.


11 octobre 2009

"Man crazy", Carol Joyce Oates : Voyage au bout de la nuit



La déchéance des filles consécutive aux traumatismes de l'enfance est un thème récurrent de la littérature noire anglo-saxonne. "Man crazy" (folle de l'homme) de Joyce Carol Oates pousse l'exercice dans ses extrêmes retranchements, tant dans la progression vers l'horreur que dans une subtile et inattendue rédemption.

Man crazy, a novel by Carol Joyce Oates - Photos by Alice Wells - Man Crazy, chronique par Thierry Follain, conseil éditorial, concepteur-rédacteur, web rédacteur - 06 87 29 38 73Il y a un père dans la vie d'Ingrid Boon et un mari dans celle de sa mère Chloë, sublime, blonde et paumée. Un homme, un vrai, un pilote revenu étrange, instable, dangereux, de ses années au Vietnam. La fuite de Lucas, pourtant violemment et perversement présent, vont pousser peu à peu mère et fille vers une douce folie.

Man Crazy, roman de Carol Joyce Oates - Photos par Alice WellsMoins douce pour Ingrid, "Doll-girl" au teint et à la chevelure lumineux se donnant dès treize ans à tout homme ou garçon qui le veut, dans sa quête désespérée de reconnaissance, sombrant dans l'auto-mutilation, la dope, l'anorexie, avant de devenir la chose, la "Dog-girl" soumise d'un "biker" impitoyable régnant sur une secte satanique. No future en noir et blanc.

Si certains passages évoquent le frémissant naufrage de l'héroïne de "Putain" de Nelly Arcan, d'autres, un cinquième du roman en gros, sont carrément insoutenables dans l'expression et la sensation des sévices infligés. Comme Mo Hayder, Joyce Carol Oates ne connaît pas de mesure en la matière.

Le livre est construit en chapitres souvent courts, annoncés par des titres pleine page, autant d'étapes vers l'enfer, au sens propre du terme : " A woman a man would die for", "You trust your Daddy, don't you ?", "A woman is born to bleed", "The bones", "In the earthen cellar"…

Ce récit à la première personne est cependant porteur de lumière, d'amour et d'espoir. Ceux-ci émergent dans les quatre dernières pages seulement, lorsqu'apparaît ce "you", ce "toi" auquel s'adresse soudain Ingrid. Oates en avait semé des traces à intervalles régulier, mais le lecteur pris dans la spirale noire avait peu de chance de s'y attarder. Ce n'en est que plus saisissant.
Du grand art intimiste et intense, certes pas de tout repos pour celui ou celle qui découvre ce roman d'une très grande noirceur…




Photos : Alice Wells


"I don't play games" : Man Crazy, Oates, extrait

Man Crazy, a novel by Carol Joyce Oates - Photos par Alice Wells - Blog with a view" Une autre fois, j'ai vu ce type traverser une rue à Port Oriskany, près de l'université…. Il avait la peau sombre, et je n'étais jamais sortie avec un homme à la peau sombre, je crois que je les effrayais, si blonde, si affamée. Ecarte-toi de moi, la môme. T'es trop jeune me dit l'un d'entre eux un jour, tout en riant et reculant, comme s'il avait vu sur mon visage quelque chose dont j'étais inconsciente.

Plus tard, je deviendrais Dog-Girl. Mais l'air de Dog-Girl se lisait déjà en moi, et certains hommes le ressentaient.

Il y avait cet homme au bar de l'Empire Hôtel où j'allais parfois … je suis comme une danseuse me déplaçant lentement, chaque instant calculé, afin de me placer dans la ligne de vision de ce type et, Jésus! ma respiration se bloque, cet homme est si beau … Il doit avoir trente-cinq ans, et, ça y est, il m'a vue. Son regard me transperce comme une lame de couteau, O Jésus, je sens que je vais m'évanouir, je suis effrayée comme ce n'est pas possible, je commence à trembler, ma bouche est si sèche que je ne peux avaler.

Je ne fais marcher personne, non jamais. Je suis folle de ces hommes qui disent "C'est ton père que tu cherches, en fait". J'espère qu'ils ont raison, qu'un jour peut-être, je le trouverai."



Joyce Carol Oates, on Wikipedia U.S


Photo :
Alice Wells


5 octobre 2009

Nelly Arcan quitte le monde de "Putain"

Ecrivains du Québec, Nelly Arcan, Bibliographie, 2001 : Putain, 2004 : Folle, 2007 : L'enfant dans le miroir, 2007 : À ciel ouvert, 2009 : Paradis clef en main, Arcan, Editions du Seuil, Blog with a View, blog-with-a-view.blogspot.com
J'ai reçu un sacré choc lorsque j'ai lu "Putain" de Nelly Arcan, cette longue détestation de soi, dévoration par l'image, sous fond d'implacable vide, dans un déversement de périodes quasi-bibliques. Un livre majeur sur la frénésie clinquante, artificielle et glaciale du monde contemporain, avec son détournement permanent du soi et du désir. J'ai reçu un autre choc, plus grave, en apprenant sa mort, ce jour. Nelly Arcan avait 35 ans.


"Putain" : vision et extrait, sur Blog with a View


3 octobre 2009

Backstage, d'Emmanuelle Bercot : Fragments d'un délire amoureux, avec Isild Le Besco

Isild Le Besco dans Backstage d'Emmanuelle Bercot, avec Emmanuelle Seigner - Isild Le Besco nue - Isild Le Besco nude - Backstage, Isild Le Besco - Isild Le Besco, L'intouchable,Au fond des bois - Benoît Jacquot - Backstage d'Emmanuelle Bercot, chroniqué par Thierry Follain - Tirez sur le caviste, Emmanuelle Bercot, Mes chères études - A poil !, Emmanuelle Bercot - Blog with a View - www.blog-with-a-view.blogspot.com
Isild Le Besco dans Backstage d'Emmanuelle Bercot, avec Emmanuelle Seigner - Isild Le Besco nue - Isild Le Besco nude - Backstage, Isild Le Besco - Isild Le Besco, L'intouchable,Au fond des bois - Benoît Jacquot - Backstage d'Emmanuelle Bercot, chroniqué par Thierry Follain - Tirez sur le caviste, Emmanuelle Bercot, Mes chères études - A poil !, Emmanuelle Bercot - Blog with a View - www.blog-with-a-view.blogspot.com - Thierry Follain, conseil éditorial, web rédacteur : 06 87 29 38 73
Isild Le Besco dans Backstage d'Emmanuelle Bercot, avec Emmanuelle Seigner - Isilde Le Besco nue - - Le Besco nue - Isild Le Besco nude - Backstage, Isild Le Besco - Isild Le Besco, L'intouchable,Au fond des bois - Benoît Jacquot - Backstage d'Emmanuelle Bercot, chroniqué par Thierry Follain - Tirez sur le caviste, Emmanuelle Bercot, Mes chères études - A poil !, Emmanuelle Bercot - Blog with a View - www.blog-with-a-view.blogspot.com  - Thierry Follain - 2
Faire l'amour avec l'amant d'une femme qu'on adule,
tout en pensant s'unir à elle,

Capter dans l'homme ce qu'il a perçu,
reçu de cette femme aimée,

porter un enfant de lui pour l'élever avec elle, la star,
ou même simplement pour le confier à l'élue,
c'est dément, c'est destructeur.

C'est aussi, c'est surtout une quête d'amour,
une histoire d'amour sublimement belle
née du poids insupportable du quotidien,
qui le transcende dans un éprouvant effacement de soi,
une étourdissante auto-destruction.

Celle de Lucie dans Backstage d'Emmanuelle Bercot,
exploratrice récurrente des liaisons transgressives.

Avec Isild Le Besco, auparavant adolescente égarée,
dans La Puce,
entre pudeur et désir de découvrir la vraie vie,
celle du corps révélé au creux du lit,
en compagnie d'un homme 20 ans plus âgé qu'elle.

Fragments répétés d'un discours amoureux qui ignore les conventions,
y compris celles, normément libérées des magazines ados et féminins.




1 octobre 2009

"Et Dieu créa la femme" : Et Vadim créa Bardot

Brigitte Bardot, Jean-Louis Trintignant dans Et Dieu créa la femme, de Vadim - Badot nude, Bardot naked,Bardot nackt - BB, La femme et le pantin, Le Mépris, par Vadim, Viva Maria, Le repos du guerrier, Gainsbourg : Bonnie and Clyde - Gainsbourg, une vie héroïque, Bardot jouée par Claudia Schiffer - Blog with a View - Thierry FollainTout à la fois amant et metteur en scène, Roger Vadim a projeté sur la jeune Brigitte Bardot (22 ans) la femme qu'il aurait aimé qu'elle soit. Il en a fait un mythe féminin universel : "Et Dieu créa la femme" a créé "Bardot". C'est ce que démontre Francesco Alberoni dans "L'érotisme", livre profondément humaniste sur les pulsions érotiques différenciées de l'homme et de la femme, et leur fusion en marge du temps et de la quotidienneté.

Brigitte Bardot avec Errol Flynn, 1956 - BB, La femme et le pantin, Le Mépris, par Vadim, Viva Maria, Le repos du guerrier, Gainsbourg : Bonnie and Clyde - Gainsbourg, une vie héroïque, Bardot jouée par Claudia Schiffer - Blog with a View - Thierry Follain" Brigitte Bardot est au contraire devenue un sex-symbol. Son image a d'abord été celle d'une adolescente sans inhibitions et un peu en marge.

Brigitte Bardot : Et Dieu créa la femme, BB, La femme et le pantin, Le Mépris, par Vadim, Viva Maria, Le repos du guerrier, Gainsbourg : Bonnie and Clyde - Gainsbourg, une vie héroïque, Bardot jouée par Claudia Schiffer - Blog with a View - Thierry Follain Le signe de l'absence de danger, chez elle, a été un certain degré de désordre et de négligence : vêtue comme par distraction, les cheveux à moitié décolorés.Elle a joué les filles faciles qu'on peut prendre et laisser sans conséquences."

Brigitte Bardot dans Et Dieu créa la femme, de Vadim - BB, La femme et le pantin, Le Mépris, par Vadim, Viva Maria, Le repos du guerrier, Gainsbourg : Bonnie and Clyde, Comic Strip - Gainsbourg, une vie héroïque, Bardot jouée par Claudia Schiffer - Blog with a View - Thierry Follain"Vadim a eu un talent; il a vu que la beauté de la femme qu'il aimait pouvait être universelle.

Brigitte Bardot,  affiche de Et Dieu créa la femme, 1956, de Vadim - BB, La femme et le pantin, Le Mépris, par Vadim, Viva Maria, Le repos du guerrier, Gainsbourg : Bonnie and Clyde - Gainsbourg, une vie héroïque, Bardot jouée par Claudia Schiffer - Blog with a View - Thierry FollainMais cette beauté était encore une matière brute et il fallait l'animer d'un rêve. L'amoureux tend toujours à transformer celle qu'il aime de façon à le rendre encore plus désirable à ses yeux.Vadim a projeté sur l'actrice ses rêves, ses fantasmes érotiques, ses délires, et l'a conduite à en être l'instrument.


Brigitte Bardot, dans Et Dieu créa la femme, de Vadim, 1956 - BB, La femme et le pantin, Le Mépris, par Vadim, Viva Maria, Le repos du guerrier, Gainsbourg : Bonnie and Clyde - Gainsbourg, une vie héroïque, Bardot jouée par Claudia Schiffer - Blog with a View - Thierry FollainIl lui a dit comment s'habiller, comment parler, comment regarder, comment bouger, comment s'asseoir, comment dire oui, comment dire non.

Brigitte Bardot, BB, La femme et le pantin, Une ravissante idiote, Le Mépris, par Vadim, Viva Maria, Le repos du guerrier, Gainsbourg : Bonnie and Clyde - Gainsbourg, une vie héroïque, Bardot jouée par Claudia Schiffer - Blog with a View - Thierry FollainLa femme qui apparaît dans "Et Dieu créa la femme" est le produit de ce rêve d'amour. Il la montre au cinéma telle qu'il l'a imaginée pour la rendre infiniment désirable.

Brigitte Bardot - Bardot - BB, La femme et le pantin, Le Mépris, par Vadim, Viva Maria, Le repos du guerrier, Gainsbourg : Bonnie and Clyde - Gainsbourg, une vie héroïque, Bardot jouée par Claudia Schiffer - Blog with a View - Thierry Follain
 
Son génie lui a fait voir ce que les gens de son temps désiraient et ce qu'ils attendaient. Le film est la réalisation, en chair et en os, de ce rêve collectif. C'est ainsi naît le mythe. "


Extrait de "L'érotisme", par Francesco Alberoni (Ramsay, 1987).



L'avis des critiques américains sur "Di
eu créa la femme", sur
Rotten Tomatoes
.
"Bardot, a suicidal sex bomb", par Peter Evans

Femmes des Années 60