Thierry Follain
2 mars 2011
"Nous et l'époque étions jeunes", par Thierry Follain
Thierry Follain
28 février 2011
Thierry Follain : "morgen", roman
Enlevée par un mix de Baaderistes et de pro-Palestiniens au milieu des années 80, la jeune, belle et blonde Else Tintenfeder se retrouve libérée un matin, épuisée, gelée, ventre douloureux, dans des rues désolées. C'est ainsi qu'elle rencontre Dieter Tinderbelt, policier quinquagénaire désabusé. Animés par une paisible déraison mutuelle, ils rejoignent un vaste chalet dans les Alpes lointaines, et y vivent leur liaison hors réel. Avant que tout ne bascule, un soir maudit, qui introduit Else Tintenfeder dans 20 années de sa vie, peuplées d'un fils portant le prénom de son père...
Thierry Follain
20 février 2011
Ma fille Alice et moi. Sometimes, happiness is easy !
sur cette longue, interminable, magnifique plage
bordée de rouleaux.
Enfin, pas tant que cela...
13 février 2011
"Homme de papier", par Thierry Follain
11 février 2011
morgen, vie d'Else, oeuvre à coeur de Thierry Follain
Un jour est née en moi la vision d'une jeune et grande Allemande blonde de 26 ans, marchant, bras croisés, épuisée, gelée, dans les rues d'une quartier en voie de destruction-réhabilitation, ventre douloureux par un matin glacial en Germanie. Else Tintenfeder était née. Elle sortait de 4 mois de rapt hard par un groupe entre Rote Armee Fraktion et "Cause palestienne", dans les années 80. Elle allait rencontrer par pur hasard Julius-Dieter Tinderbelt, policier un (grand) brin plus âgé. "morgen" était né. Allait les entraîner dans un huis clos amoureux montagnard d'un mois. Après un évènement plutôt tragique, Else allait vivre 20 ans d'une vie aisément errante, mère d'un... Dieter, femme d'un Américain sympa, actrice du sauvetage de femmes détournées, exploitées, flouées, et amie amoureuse d'Ute. Durant sa longue écriture, "morgen" allait croître, puis se réduire d'un bon quart ou plus, et faire l'objet d'une mise en harmonie progressive avec le feeling de l'auteur au fil des ans, dans une sobriété croissante, tel un instrument patiemment et voluptueusement accordé. 13 novembre 2010
Ca va, ça vient, par Thierry Follain
10 juin 2010
morgen, histoire d'Else, par Thierry Follain
Jeune Allemande comblée par la vie, Else voit son existence tumultueuse brisée à 26 ans. Enlevée dans les ultimes années de la Rote Armee Fraktion, elle subit quatre mois de réclusion humiliante, avilissante. Libérée contre rançon, à ses yeux totalement dévalorisée, la jeune femme fait la rencontre improbable d'un homme plus âgé, qui lui redonne vie par sa tendresse, sa considération. Confrontée à nouveau à une mort sanglante, Else reconstruit sa vie en une contrée lointaine, forte d'elle-même, de son fils, de l'amour, de toutes les formes d'amour qu'elle porte en elle et suscite. Par touches, par scènes impressionnistes, sensitives, "morgen" narre son histoire...Parfums d'eau, de sels de bains.
Longue baignoire, une douche, cabine vitrée.
Des serviettes blanches, épaisses.
Douces sur la peau de la fille à la tronche ravagée, aux cheveux trop longs, dégueulasses, qui s’observe, consternée, dans la longue glace.
Adieu à ces vêtements visqueux, crasseux.
L’eau chaude. Si chaude.
Déferle. Me submerge.
Oh, l’eau chaude brasse mon ventre, le masse et l’apaise.
Je peux enfin respirer.
Ouvrir les yeux rien qu’un instant, fixer le vitrage poli, dépoli, que sais-je.
Les fermer. Inspirer. Les rouvrir. Souffler.
J’espère que vous avez l’eau chaude à volonté. Parce que je ne vais pas la couper de sitôt.
Capricieuse, on vous dit.
Capricieuse, ils disaient.
Et hop, privée d’habits. Exposées à leurs regards. Même pas à leur désir. A leur mépris.
On t’aura quand on veut, si on veut.
Et hop, la ceinture s’abat,
mains croisées sur la nuque, je dois rester immobile, retenir mes cris. Frémir sous chaque impact, me vider de tout respect pour moi-même. Non loin de moi, la fille se tait, les yeux baissés, ne veut pas me regarder.
Pas besoin de me sauter pour me baiser.
Totalement soumise, je suis niée.
Stop !
Stop.
C’est du passé.
Dépassé.
Je déclare les joutes nautiques ouvertes.
Et coulent les flots, et roulent mes doigts dans ma chevelure mousseuse.
Ruissellent mes larmes mêlées à l’eau...
Et se vide mon corps de ce ruisseau écarlate... nul enfant ne viendra maintenant, Dieu soit loué....
Sous les vagues vagues chaudes,
je dis " vagues ",
je divague.
Je revis, je peux enfin
pleurer.
Muette proclamation de ma liberté retrouvée,
celle de rire, de souffrir
et de jouir sans que nul
ne puisse
s’y opposer.
de sang et de larmes.
Qu’il purifie son âme.
Amen.
Ils disaient toujours :
Demain.
Demain, la rançon arrivera, nous n'augmenterons plus nos exigences à chaque contact.
Qu’ils se sont suffisamment gavés de tes Polaroïds pitoyables,
le Bild du jour entre les mains,
cheveux en bataille,
regard inexpressif,
terne, faussement indifférent,
celui des filles
quand elles posent, obligées,
quand elles ne peuvent exister
que comme
on le leur a ordonné.
morgen.
Avant, une promesse.
Qu’ils m’ont confisquée
pour y substituer le vide,
la peur.
Au fond de moi,
je suis forte.
Je leur survivrai,
mais ...
morgen.
(...)
1 novembre 2009
Dominique, par Thierry Follain
Un dimanche d’automne à Evreux,
enfin, près d’Evreux,
dans un pas si grand ensemble d'immeubles modestes et convenables,
un peu loin de tout,
les quelques boutiques fermées,
le mail désert,
les parcelles plantées
lavées, délavées
par la pluie,
la pluie sur tes carreaux, la pluie sur les bois proches,
la pluie sur ce désert,
la pluie au dehors
et en toi,
un dimanche à Evreux,
rien de spécial à faire,
limer tes ongles,
rincer ce pull mousseux,
ranger la cuisine,
lire la pile de magazines,
ce bouquin d'Anne Gavalda,
par terre,
te demander si c’est cela,
vivre à vingt-six ans,
seule dans un F2,
près d’Evreux,
loin de chez toi,
loin de tout,
un dimanche d’automne pluvieux
dans la pluvieuse Normandie,
peut-être, tout à l’heure,
dans ta Twingo réticente au démarrage,
un tour en ville,
enfin, dans le centre-ville
désert d’Evreux,
un cinéma,
un film d’ailleurs,
puis un sage chocolat dans un café bondé,
les yeux des garçons souvent fixés sur toi,
leurs regards qui se détournent lorsque tu les considères
sans invite,
car tu ignores ce qu'il y a de soi,
ce qu'il y a de soie en toi,
puis, demain le boulot terne,
tes " collègues " plus âgés
dans leurs années ou dans leur tête,
un dimanche pluvieux
loin de chez toi,
dans la pluvieuse Normandie.
Bientôt, sortir le labrador
qui s’ennuie,
le balader dans les bois mouillés,
taillis sans gloire dépouillés par l'automne glaçant,
tremper tes chaussures citadines,
puis rentrer,
allongée sur ton lit,
tu écrases ta cigarette,
ouvre ton peignoir,
te caresses, les yeux ouverts, les yeux fermés,
en songeant à une étreinte sauvage,
avec un garçon qui n’a pas vraiment de visage,
et pas de nom,
tu jouis un peu, malgré toi,
souvenir d'extases passées sous le soleil de Mykonos,
puis tu te retournes,
sur ce ventre qui vibre encore, rayonne en toi,
déjà insatisfait,
en quête de plus de jouissance,
de plus de raideur,
de plus de chaleur,
tu enfouis ton visage dans l’oreiller,
tu soupires,
et tu pleures,
et la pluie tombe,
frappe et sillonne les carreaux,
grave le message des nuages pesants, incessants,
sur ta chambre, près d’Evreux,
puis se mue en un crachin infini,
incessant et ténu comme l’ordinaire
ennui,
tu t’assoupis, tu t’endors,
dans les senteurs de ton corps, de l’oreiller, de tes cheveux,
tu occultes le bruit, la télé des voisins,
rituelle célébration d’un dimanche de novembre
dans la pluvieuse
Normandie.
Tu te réveilles vers cinq heures,
il fait quasiment nuit,
Ami tourne en rond et gémit,
pose sa tête, regard suppliant,
sur le bord du lit,
lui au moins sait ce qu'il veut,
tu le caresses et souris,
un peu nauséeuse,
tu t’habilles,
une chemise, un jean,
des chaussettes et
ces chaussures si peu faites pour la pluie,
un gilet noir dans lequel tu t’enfouis jusqu’au menton,
un bonnet,
tu mets ton imper,
sors avec le chien réjoui,
jappant, griffes crissantes,
haletant,
trois étages par l’escalier blême,
le hall humide,
le chemin cimenté,
la route qui tourne à traverser,
le tissu rêche frotte ton sexe, le maintient en éveil,
sensation pas désagréable,
perception chaude, voluptueuse,
humaine,
alors que tu marches sous la pluie fine,
le bois humide, odeurs mêlées de feuilles,
de tristesse et de
décomposition,
silex cachés qui heurtent, tordent les pieds,
il aime bien cela, le chien,
qui court, furète,
vire et virevolte,
un instant, tu envies sa joie primale,
animale,
une cigarette amère à la main,
tu le suis,
il y voit sans doute plus clair que toi,
pour récupérer les bâtons que tu lances,
alors que pèse le ciel de pluie,
d'une fin hâtive d'après-midi,
le ciel de Normandie.
Tu songes à des vacances,
à une autre vie,
un autre pays,
tu songes à des étreintes,
à des tendresses
effacées,
écoulées,
envie de dormir,
et tu n’as rien fait de la journée,
envie de rentrer,
d’appeler Monica,
entendre sa voix chaude,
suivre distraitement ses histoires de coeur compliquées,
être écoutée,
consolée,
tu siffles le chien,
enfin, tu essaies,
et tu rentres avec lui,
alors que le brouillard naissant
dépose un halo orangé sur les rares lampadaires.
Dans le hall, tu ôtes ton bonnet humide,
lâches tes cheveux d’un mouvement gracieux,
ouvre ton manteau,
salues une famille de retour du
cinéma,
l’adolescente te sourit,
le père te suit des yeux, avidement,
sa femme blêmit…
pourrais-tu les envier,
vraiment ?
Dans l’ascenseur, le miroir te renvoie l’image
d’une jeune femme de vingt-six ans,
ni grande ni petite,
ni fille, ni femme,
fine, poitrine haut plantée,
cheveux blonds cendrés, rebelles,
peau unie,
bouche pleine,
regard clair, un peu égaré,
séduisante,
sans doute,
si elle se valait,
si elle se voulait,
tu te regardes, tu te grimaces,
tu te souris.
Tu rentres chez toi,
échos des voisins épanouis,
rares passages de voitures dans la nuit brumeuse,
la nuit sans trêve
règne
déjà, il faut allumer,
puis ranger, encore,
laver tes longs cheveux,
- qu’est-ce qu’il y a ce soir, à la télé ? -
non, d’abord téléphoner,
pour oublier la monotonie
de ce jour pluvieux,
dans la pluvieuse Normandie,
un dimanche de ta jeunesse,
un jour décompté de ta vie,
une vie à changer,
un dimanche
près d’Evreux,
en Normandie.
Thierry Follain
6 janvier 2009
29 décembre 2007
Ca va, ça vient
tu marchais sous le soleil
pâle
de mai,
tu récitais ton mantra
favori,
ton refuge quand la vie se couvrait,
tu te répétais
"Ca va.
Ca va.
Ca va.
Ca va, ça vient".
Ca va, ça vient,
ces images dans ma mémoire
soumise aux diktats
des regrets
à la morsure des remords.
Ca va,
ça vient
à tout vat,
ces images, ces sensations-
là.
T'étais une fille super,
tu marchais,
tu pensais à une journée
où on riait,
où on dansait
en avançant
sous un soleil qui semblait neuf,
nous ne serions jamais vieux.
Mais le temps et la joie,
c'est fragile,
ça va,
ça va,
puis
ça s'en va
Ca va, ça vient,
mais ça n'avance à rien,
on n'en garde rien
que ces traces,
ces regrets, ces remords
qui griffent au détour
d'un souvenir
et d'un rire
depuis longtemps
effacés, du passé
décomposé.
T'étais une fille super,
dans le parc désert,
tu marchais au soleil,
tu avais cru trouver
où ça allait
tout ça,
quand on s'est rencontrés,
quand on s'est serrés,
reconnus,
inconnus jusqu'alors.
Tu marchais sur cette allée,
aujourd'hui,
je t'ai croisée
sans rien dire,
tu parlais, tu encourageais
une fillette
tout près de toi,
elle sautait à la corde
sur le sable compacté comme le temps qui s'était
écoulé,
elle vibrait au rythme de la corde qu'on distinguait
à peine,
virant, virevoltant
autour d'elle,
tel le temps passé.
Le temps,
l'amour,
ça va,
ça va, ça vient.
T'étais une fille super,
et ta fille te ressemble,
ardente,
souriante,
intouchable et touchante.
La vie et la beauté,
c'est comme les souvenirs,
d'un jour à l'autre,
d'un être à l'autre,
ça va,
ça vient.
27 novembre 2007
morgen - 2 - Flow my tears - extrait
Jeune Allemande de très bonne famille, Else voit sa vie brillante, aisée, brisée à 26 ans. Enlevée pour des motifs politiques, elle subit quatre mois de réclusion humiliante, avilissante. Libérée contre rançon, la jeune femme fait la rencontre improbable d'un homme plus âgé, qui lui redonne vie par sa tendresse, sa considération. Confrontée à nouveau à une mort sanglante, Else reconstruit sa vie en une contrée lointaine, forte d'elle-même, de son fils, de l'amour, de toutes les formes d'amour qu'elle porte en elle et suscite. Par touches impressionnistes, "morgen" narre son histoire.
Chapitre 6 - Nocturne (extrait)
Ils avaient amerri dans une chambre à deux lits, nichée dans le dernier carré d’un centre-ville historique, miraculeusement épargné.
Maintenant calme, paisible. Figé. Disneysé.
Tinderbelt rentra dans la chambre, accompagné d’Alberich, qu’il était allé promener. Il jeta un coup d’œil par la fenêtre qui donnait sur une cour silencieuse, avec quelques arbres en pot, des tables, des chaises abritées sous une bâche transparente.
Lorsqu’il se retourna, Else sortait de la salle de bains, de la douche où elle avait passé un sacré bout de temps, lui semblait-il. Elle avança, rêveuse, ses cheveux noirs humides, drapée d’un peignoir blanc. Vint près de lui.
-Tu as vu ? Ca doit être sympa, le petit-déjeuner, en été.
Il approuva.
Mais ce n’était pas l’été, à peine le printemps.
Frémissant, il la regarda droit dans les yeux. C’était ahurissant, l’effet que cette femme lui faisait, l’irrésistible emprise qu’elle exerçait sur lui. Sans dire un mot. Sans faire un geste.
Elle lut tout cela dans son regard.
Désolée de ne pouvoir donner, juste recevoir, elle eut honte, et celle-ci se mêla à toutes les hontes nées de ces jours forcés. Un moment, elle se sentit vide, désemparée, puis il la prit dans ses bras, et elle se laissa aller.
Elle murmura " Pardon ". Peut-être ne comprit-il pas. En tout cas, il ne quémanda aucune explication. Les interrogatoires, les " pourquoi ? ", " quand ? ", " comment ? " appartenaient au passé.
(...)
Thierry Follain
lire la suite, en pdf ...extrait 1 : "Les paupières à vif"
12 décembre 2006
"morgen" -1- Les paupières à vif (extrait)
Jeune Allemande de très bonne famille, Else voit sa vie brillante, aisée, brisée à 26 ans. Enlevée pour des motifs politiques, elle subit quatre mois de réclusion humiliante, avilissante. Libérée contre rançon, la jeune femme fait la rencontre improbable d'un homme plus âgé, qui lui redonne vie par sa tendresse, sa considération. Confrontée à nouveau à une mort sanglante, Else reconstruit sa vie en une contrée lointaine, forte d'elle-même, de son fils, de l'amour, de toutes les formes d'amour qu'elle porte en elle et suscite. Par touches impressionnistes, "morgen" narre son histoire. Chapitre 1 - Les paupières à vif (extrait)
La porte de la caminette s'ouvre.
La voix lourde de menaces, précise, mécanique, s'élève une fois encore. Les sacs de jute sont ôtés par des hommes pressés, aux aguets. La grande fille blonde apparaît allongée, jambes repliées, mains et chevilles menottées, yeux et lèvres obturés.
Une fois les bracelets métalliques ouverts, ils la mettent debout sans ménagement. Comme d'habitude.
Sa respiration est courte. Elle vacille.
L'air frais baigne son visage asservi. Les odeurs de moisi, d'essence et de caoutchouc vieillissant se dissipent.
Ses yeux et ses lèvres demeurent clos par de larges bandes d'adhésif noir. Ses poignets, ses chevilles sont douloureux. Elle sent la morsure qu'a laissée l'acier sur eux. Sa gorge est sèche.
Elle inspire, très fort.
Demeure strictement immobile - leur dressage a été efficace - puis écoute :
- Ne te retourne pas. Ne cherche pas à nous voir, ni nous, ni le camion, ni son numéro. Tu vas compter jusqu'à cent, et tu ne bouges pas avant que ce soit fini, OK ? Ce serait dommage de te faire buter maintenant.
Il la fait avancer en lui tenant le coude. La plaque contre un mur rugueux. Maintient la pression sur sa nuque quelques instants. Tremblante, elle prend conscience du vent froid et pénétrant.
(...)

