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28 février 2011

Thierry Follain : "morgen", roman


 morgen, roman de Thierry Follain - Thierry Follain, auteur - Thierry Follain, concepteur-rédacteur - morgen, de Thierry Follain : histoire d'Else - Thierry Follain, écrivain - Blog with a View - blog-with-a-view.blogspot.com - Thierry Follain Enlevée par un mix de Baaderistes et de pro-Palestiniens au milieu des années 80, la jeune, belle et blonde Else Tintenfeder se retrouve libérée un matin, épuisée, gelée, ventre douloureux, dans des rues désolées. 

C'est ainsi qu'elle rencontre Dieter Tinderbelt, policier quinquagénaire désabusé. Animés par une paisible déraison mutuelle, ils rejoignent un vaste chalet dans les Alpes lointaines, et y vivent leur liaison hors réel. Avant que tout ne bascule, un soir maudit, qui introduit Else Tintenfeder dans 20 années de sa vie, peuplées d'un fils portant le prénom de son père...

Un récit sensitif, intimiste, né, re-né et encore re-né au fil des ans. Jusqu'à ce que chaque page, paragraphe, s'inscrive, dans l'esprit de l'auteur, dans une ambiance, un feeling unifié.

C'est "morgen", mon oeuvre majeure. En voici les 6 premiers chapitres ...

Thierry Follain

11 février 2011

morgen, vie d'Else, oeuvre à coeur de Thierry Follain

Un jour est née en moi la vision d'une jeune et grande Allemande blonde de 26 ans, marchant, bras croisés, épuisée, gelée, dans les rues d'une quartier en voie de destruction-réhabilitation, ventre douloureux par un matin glacial en Germanie. Else Tintenfeder était née. Elle sortait de 4 mois de rapt hard par un groupe entre Rote Armee Fraktion et "Cause palestienne", dans les années 80. Elle allait rencontrer par pur hasard Julius-Dieter Tinderbelt, policier un (grand) brin plus âgé. "morgen" était né. Allait les entraîner dans un huis clos amoureux montagnard d'un mois. Après un évènement plutôt tragique, Else allait vivre 20 ans d'une vie aisément errante, mère d'un... Dieter, femme d'un Américain sympa, actrice du sauvetage de femmes détournées, exploitées, flouées, et amie amoureuse d'Ute. Durant sa longue écriture, "morgen" allait croître, puis se réduire d'un bon quart ou plus, et faire l'objet d'une mise en harmonie progressive avec le feeling de l'auteur au fil des ans, dans une sobriété croissante, tel un instrument patiemment et voluptueusement accordé. 

Voici ce roman, oeuvre de ma vie, disons... 

A vous d'en jouir (ou pas, of course) !

10 juin 2010

morgen, histoire d'Else, par Thierry Follain

Jeune Allemande comblée par la vie, Else voit son existence tumultueuse brisée à 26 ans. Enlevée dans les ultimes années de la Rote Armee Fraktion, elle subit quatre mois de réclusion humiliante, avilissante. Libérée contre rançon, à ses yeux totalement dévalorisée, la jeune femme fait la rencontre improbable d'un homme plus âgé, qui lui redonne vie par sa tendresse, sa considération. Confrontée à nouveau à une mort sanglante, Else reconstruit sa vie en une contrée lointaine, forte d'elle-même, de son fils, de l'amour, de toutes les formes d'amour qu'elle porte en elle et suscite. Par touches, par scènes impressionnistes, sensitives, "morgen" narre son histoire...

... La salle de bains, vaste, impeccablement rangée.
Parfums d'eau, de sels de bains.

Longue baignoire, une douche, cabine vitrée.

Des serviettes blanches, épaisses.

Douces sur la peau de la fille à la tronche ravagée, aux cheveux trop longs, dégueulasses, qui s’observe, consternée, dans la longue glace.


Adieu à ces vêtements visqueux, crasseux.

L’eau chaude. Si chaude.
Déferle. Me submerge.
Oh, l’eau chaude brasse mon ventre, le masse et l’apaise.

Je peux enfin respirer.

Ouvrir les yeux rien qu’un instant, fixer le vitrage poli, dépoli, que sais-je.

Les fermer. Inspirer. Les rouvrir. Souffler.

J’espère que vous avez l’eau chaude à volonté. Parce que je ne vais pas la couper de sitôt.

Capricieuse, on vous dit.

Capricieuse, ils disaient.

Et hop, privée d’habits. Exposées à leurs regards. Même pas à leur désir. A leur mépris.


On t’aura quand on veut, si on veut.

Et hop, la ceinture s’abat,

mains croisées sur la nuque, je dois rester immobile, retenir mes cris.
Frémir sous chaque impact, me vider de tout respect pour moi-même. Non loin de moi, la fille se tait, les yeux baissés, ne veut pas me regarder.

Pas besoin de me sauter pour me baiser.

Totalement soumise, je suis niée.

Stop !

Stop.

C’est du
passé.
Dépassé.


Je déclare les joutes nautiques ouvertes.

Et coulent les flots, et roulent mes doigts dans ma chevelure mousseuse.

Ruissellent mes larmes mêlées à l’eau...
Et se vide mon corps de ce ruisseau écarlate... nul enfant ne viendra maintenant, Dieu soit loué....


Sous les vagues vagues chaudes,
je dis " vagues ",

je divague.


Je revis, je peux enfin
pleurer.
Muette proclamation de ma liberté retrouvée,

celle de rire, de souffrir

et de jouir sans que nul

ne puisse

s’y opposer.


Else Tintenfeder renaît dans un flot d’eau,
de sang et de larmes.
Qu’il purifie son âme.
Amen.

Ils disaient toujours :


" morgen "
Demain.

Demain, la rançon arrivera, nous n'augmenterons plus nos exigences à chaque contact.
Nous estimerons que les média ont assez parlé de toi, de ce non-toi, de ta " disparition ".
Qu’ils se sont suffisamment gavés de tes Polaroïds pitoyables,

le Bild du jour entre les mains,

cheveux en bataille,

regard inexpressif,

terne, faussement indifférent,

celui des filles
quand elles posent, obligées,

quand elles ne peuvent exister
que comme

on le leur a ordonné.


morgen.


Avant, une promesse.
Qu’ils m’ont confisquée

pour y substituer le vide,

la peur.


Au fond de moi,

je suis forte.

Je leur survivrai,
mais ...

morgen.

(...)

12 décembre 2006

"morgen" -1- Les paupières à vif (extrait)

Jeune Allemande de très bonne famille, Else voit sa vie brillante, aisée, brisée à 26 ans. Enlevée pour des motifs politiques, elle subit quatre mois de réclusion humiliante, avilissante. Libérée contre rançon, la jeune femme fait la rencontre improbable d'un homme plus âgé, qui lui redonne vie par sa tendresse, sa considération. Confrontée à nouveau à une mort sanglante, Else reconstruit sa vie en une contrée lointaine, forte d'elle-même, de son fils, de l'amour, de toutes les formes d'amour qu'elle porte en elle et suscite. Par touches impressionnistes, "morgen" narre son histoire.

Chapitre 1 - Les paupières à vif (extrait)

La porte de la caminette s'ouvre.
La voix lourde de menaces, précise, mécanique, s'élève une fois encore. Les sacs de jute sont ôtés par des hommes pressés, aux aguets. La grande fille blonde apparaît allongée, jambes repliées, mains et chevilles menottées, yeux et lèvres obturés.
Une fois les bracelets métalliques ouverts, ils la mettent debout sans ménagement. Comme d'habitude.
Sa respiration est courte. Elle vacille.

L'air frais baigne son visage asservi. Les odeurs de moisi, d'essence et de caoutchouc vieillissant se dissipent.
Ses yeux et ses lèvres demeurent clos par de larges bandes d'adhésif noir. Ses poignets, ses chevilles sont douloureux. Elle sent la morsure qu'a laissée l'acier sur eux. Sa gorge est sèche.
Elle inspire, très fort.
Demeure strictement immobile - leur dressage a été efficace - puis écoute :
- Ne te retourne pas. Ne cherche pas à nous voir, ni nous, ni le camion, ni son numéro. Tu vas compter jusqu'à cent, et tu ne bouges pas avant que ce soit fini, OK ? Ce serait dommage de te faire buter maintenant.

Il la fait avancer en lui tenant le coude. La plaque contre un mur rugueux. Maintient la pression sur sa nuque quelques instants. Tremblante, elle prend conscience du vent froid et pénétrant.


(...)