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19 octobre 2008

Nelly Arcan : "Là où je voulais rester seule"

" Quand j'étais petite, j'étais la plus belle et on m'appelait les yeux bleus, voilà les yeux bleus qui arrivent, voilà les yeux bleus qui pleurent, j'étais un beau rêve qui rend nostalgique toute la journée jusqu'à la nuit suivante, et toute la journée on repense au rêve en se disant qu'il aurait mieux valu y rester... Quand j'étais petite, j'étais la plus belle, je l'étais sans doute comme toutes les petites filles le sont, chacune à faire voler sa robe sous l'action de la corde à danser, j'étais parfaite dans l'ignorance de ce qui m'attendait, oui, c'est à l'adolescence que ça s'est gâté, enfin, il me semble, et à l'école secondaire mes copines étaient plus jolies que moi, les unes comme les autres, elles n'ont jamais rien su de ma haine de les voir ainsi plus jolies car je me suis toujours révoltée en silence, dans le confort de mes fantasmes ... et si mes copines m'avaient été fidèles je n'aurais jamais souhaité leur perte, si elles m'avaient adorée au point de laisser tomber tout le reste, si elles m'avaient suivie comme les apôtres ont suivi Jésus-Christ, les filets de pêche à la dérive, le cœur plein de reconnaissance d'avoir été choisies, j'aurais peut-être fait un effort pour devenir comme elles, charnelles et bouclées, je me serais rangée de leur côté, mais ma maigreur les aidait à sourire, à pencher la tête vers l'arrière pour mettre leur poitrine en valeur, et si la plupart d'entre elles n'avaient rien à faire de ma beauté de déportée, d'autres auront tout de même subi mon influence, elles auront voulu perdre du poids car les petites fesses ne sont-elles pas plus jolies, plus féminines, ne pouvaient-elles pas se priver de chocolat pendant plus de deux jours, et lorsque ces quelques-unes ont commencé à maigrir, j'ai su que j'étais perdue, qu'elles allaient me perdre, j'ai su que je devais partir pour la ville car elles allaient me rejoindre là où je voulais rester seule. "

Extrait de "Putain", de Nelly Arcan - Points, Seuil


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Photo : Andreas Hering


27 janvier 2008

L'homme descend-t-il du singe ?


L'orang-outang n'est pas censé représenter
la part masculine de l'humanité,
j'espère ?


21 décembre 2007

Histoire d'Eau


Elle est jeune, elle se donne avec plaisir au photographe, vraisemblablement son compagnon.

Idée : elle en train de se laver les dents, "surprise" dans sa fraîche nudité.

La brosse est portée à la bouche. L'eau coule dans le lavabo. Le décor est brut de décoffrage.

La jolie demoiselle, cependant, s'est préparée. Elle s'est maquillée, ses cheveux sont sagement peignés (ils évoquent une enfant au coucher), elle porte boucles d'oreille et collier.

Elle révèle son corps désirable mais protège sa plus intime intimité par une serviette stratégiquement placée.

C'est une idée d'un soir sans doute, spontanée, avec un brin de préparation.

Ce qui donne sa valeur à la photo, c'est le regard, le sourire du modèle. Chaleureux, mutins, complices.

Confiante. C'est la confiance, l'ouverture à l'autre qui a créé cette scène. Cette sage audace, dont la sagesse est un atout érotique inconscient.

C'est un écho touchant de la jeunesse, dans sa spontanéité, son impudence légère, sa vérité. Un moment du vrai temps qui passe, loin des plateaux et des studios.

Y-a-t-il eu accord pour que le cliché circule sur le web ? Pas certain, mais très possible.

Comme un frisson virtuel de s'exposer à des dizaines de milliers de regards inconnus.

Si tel était l'objectif (double sens, cela va de soi),

c'est réussi :-)




22 septembre 2007

Pudeur en ce jardin


Je marchais dans les jardins du Palais-Royal en compagnie d'une femme à l'élégance simple et naturelle. Profonde, désabusée, cultivée.

Alors que nous avancions lentement, parlions, une jeune Japonaise à la mise classique vint à la hauteur de ma compagne. Les yeux baissés, elle murmura : "Madame, votre robe est ouverte".

Effectivement, un bouton de la robe, qui se fermait dans le dos, s'était rebellé, révélant un mince espace de peau claire sur ce corps paisiblement voluptueux.

J'ai remis en place le bouton vagabond. Un geste d'une intense et tranquille intimité.

De l'après-midi en ce jardin, je garde le souvenir de cette pudeur partagée, de cette timide solidarité, ce sobre message d'alerte porté par un être qui ne fit que nous effleurer.

Echo d'un univers féminin secret, que l'homme côtoie, et parfois perçoit.